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2011, démarches plastiques des élèves

Romane, Sécher ses larmes , 2011, installation, classe de terminale.

C’est en présence de l’artiste Laurent Duthion que j’ai pu aborder le thème de l’art comme processus de transformation. Par des expériences, des échanges, nous avons expérimenté différentes techniques , recettes de transformation de substances géographiques telles que l’eau par exemple.

Je suis partie du mot « transformation ».
Avec une contrainte : pas de représentation ! Ces consignes s’opposaient à l’art de la représentation qui donne à voir une illusion. Ma réflexion s’est orientée vers ce que les artistes cherchent à nous faire partager : en représentant le plus exactement possible le réel. Quelques pistes se sont imposées : d’une part, ils cherchent à capturer un moment, un espace du réel ; d’autre part, faire vivre des sensations ou sentiments au spectateur.

Pourquoi ne pas transformer un sentiment par les sensations qu’il stimule en nous ?

Transformer un sentiment en quelque chose de culinaire. L’idée d’ingurgiter des aliments et ensuite que le contact avec la texture, le goût de l’aliment provoque des sensations puis réveille des sentiments s’est s’imposé. Ce fut un échec car je suis tombé sur un obstacle : comment activer un sentiment à l’aide d’un aliment unique, alors que les sentiments provoquent des sensations différentes pour chacun ?

Il me fallait partir d’une expression universelle d’un sentiment : les larmes.
Elles ont différentes significations (la joie, l’acidité d’un aliment… ), mais sont principalement la manifestation de la tristesse. Une expression de la tristesse.

J’associais cette piste à une artiste, Claire Roudenko-Bertin. C’est une artiste qui accorde une importance au titre de l’œuvre. Avec sa dilution homéopathique faite à partir d’un extrait du Mont Ventoux, elle « déplace les montagnes ». L’expression, elle la prend au sens propre. Je décidais d’en faire autant avec l’expression « Sécher ses larmes » à l’aide d’un déshydrateur.

Je capture ma propre tristesse en l’associant à un de mes souvenirs matérialisé par les paroles d’une chanson. Sur une autre feuille, je sèche des larmes, cette feuille matérialisant le ralentissement des larmes de la tristesse « universelle ». Je ralentis un processus pour avoir prise dessus. Le fait de s’approprier la souffrance cela nous permet, ou nous donne au moins l’impression de la maîtriser en installant une distance. Le but de l’artiste dans ce cas est alors de rendre la vie plus confortable en extériorisant ce qui est trop douloureux, de le figer. Tout comme Henri Matisse pour qui «  L’art, c’est comme s’assoir dans un bon fauteuil ».

Ma démarche prend alors la forme d’une installation : les feuilles de larmes seraient suspendues, accrochées par des fils qui s’adapteraient à chaque pièce, ses recoins, ses murs… Ainsi l’œuvre devient spatiale : les larmes envahissent l’espace, elles l’immergent. Les fils correspondent à la difficulté d’atteindre la tristesse d’une autre personne ; les spectateurs seraient obligés de les enjamber, de les esquiver pour arriver jusqu’aux feuilles de larmes. La tristesse est ici mise à distance ; les fils empêchent d’y accéder facilement.

Résumé en une phrase : en décidant de matérialiser l’expression « sécher ses larmes », ma démarche m’amène à concevoir une installation de feuilles de larmes, l’une plus personnelle, l’autre plus universelle , dans une pièce parsemée d’obstacles : des fils qui tiennent les feuilles de larmes.

 

Antoine, B O D Y L I Q U I D – S C U L P T U R E – 2 0 1 1, classe de seconde.

«L’idée est de recréer un liquide. Un liquide qui se rapproche de celui que l’on peut trouver dans notre corps, par exemple dans l’estomac. La nourriture habituelle à un aspect attrayant, elle doit donner envie de manger, mais lorsqu’elle est transformée dans notre corps, elle est métamorphosée, notamment dans l’estomac. L’idée est de donner une idée de cette transformation directement, que la nourriture reste belle, mais sous un autre sens du terme. Elle ne doit pas donner envie de la manger, mais elle reste mangeable.

Comme dit précédemment, l’œuvre est une représentation de la nourriture dans notre corps. Elle n’est plus à l’état de nourriture, mais à l’état d’alimentation, de liquide composé d’eau, de protides, de lipides, de glucides, de cellulose, de minéraux et de calories. On ne la voit pas habituellement dans notre corps, on ne voit pas sa métamorphose, mais la nourriture de notre assiette est aussi repoussante dans notre estomac. Elle nous donne une version finale de ce que l’on mange.

Le projet est composé de différentes matières, de différents procédés : notamment la gélification et la sphérification. Chaqu’ un représentant une partie de l’organisme : les perles pour les cellules, les rainures pour les veines, la mousse pour la bave, et le gel pour le liquide corporel.

Les perles ont été réalisées avec de l’alginate, suivant le procédé de sphérification, et sont composées d’eau et de grenadine, avec un parfum guimauve. La mousse à été réalisé avec du xathane et de l’eau à l’aide d’un batteur. Le liquide avec de l’alginate, du colorant orange et noir avec un arôme de barbe à papa. Les rainures sont crées grâce à un film plastique en dessous du liquide.

Pour l’instant le tout est disposé de manière plane, mais ont peut imaginer une représentation plus complexe et appliquée dans un vase cylindrique, pour pouvoir voir de plusieurs points de vue sa compositions, mais également pour pouvoir jouer avec les couleurs. En effet les variations de lumières pourraient modifier les ombres et donner des aspects intéressants. Une branche d’ADN serait aussi créer au milieu, pour rappeler l’appartenance à l’homme, en disposant les sphères petit à petit sur des couches de gel.

Ce projet est en référence à l’artiste Mike Kelley, l’un des plus importants artistes de la côte Ouest des États-Unis depuis 1980. Son art évoque souvent des organismes, des structures, et parfois d’origine l’homme. Il utilise des couleurs corporelles, dans les tons rouge, jaunes et marronné mais toujours avec des connotations ternes. En décembre 2005, le critique d’art Jerry Saltz cita Mike Kelley comme un exemple novateur du clusterfuck aesthetics (« esthétique du foutoir »), la tendance de l’art contemporain par rapport à l’ère du multimédia envahissant.