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2012 tournage film Bolm & Pujol

2 élèves de l’option arts plastiques témoignent de la genèse du film de Andreas BOLM et Noëlle PUJOL, Dossier Scolaire.

EXPERIMENTER IN SITU, relations des corps et du décor : 2 élèves de l’option arts plastiques témoignent de la genèse du film de Andreas BOLM et Noëlle PUJOL, Dossier Scolaire.

– Comment Noëlle et Andreas travaillaient-ils ?

Ludivine : Au début, il me semble que c’était beaucoup d’improvisation. Par exemple la première fois que nous sommes allés visiter les anciens dortoirs, ils ont tout de suite allumé la caméra alors que nous ne savions aucun de nous quatre ce qu’il allait en advenir. Il y a eu une fois, au début encore, où ils nous ont dit, « faites comme si nous n’étions pas là, ne faites rien, restez là, mais faites comme d’habitude quand vous ne faites rien ». Et ils ont allumé la caméra. Ces moments-là, on peut les assimiler à leur moment de recherche. Et d’ailleurs, c’est comme ça qu’ils nous avaient présenté les choses ; on n’était là que pour faire des essais. Ensuite, au fur et à mesure de nos rencontres, ils avaient une vague idée, c’est-à-dire qu’on arrivait avec Sarah et ils nous disaient : « bon et bien aujourd’hui on va tourner dans cette pièce, et puis après dans celle-ci ». Alors à mon avis, ils avaient réfléchi avant de tourner mais n’en laissaient pas paraître grand chose puisqu’on faisait quand même comme bon nous semblait. Ensuite, plus on se voyait, plus chaque séance devenait précise ; on sentait qu’ils avaient une idée, un but, et un travail derrière. Ils nous disaient avoir regardé les scènes qu’on avait tournées la veille par exemple. Mais à ce moment-là encore, ils ne nous donnaient que des pistes car face à la caméra, on a toujours été très libres. Et puis, je me souviens de la scène dans le film où Sarah et moi on se passe le même objet que Dominic nous a donné ; on l’a construite à ce moment-là, car Noëlle avait trouvé ces deux objets, et elle disait qu’il fallait qu’on évoque un certain Jimmy.

Dans un deuxième temps, après nous avoir dit, « bon et bien voilà, finalement ce ne sont plus des essais qu’on fera maintenant ; nous avons une idée de film, de scènes etc., », le projet était monté. Et là, les scènes étaient beaucoup plus précises. Toutefois, je pense qu’il y avait une grande part d’improvisation ; par exemple, on a proposé de s’asseoir sur le rebord de la piscine en arrière-plan de Dominic qui fracasse les objets, et finalement cette scène paraît dans le film. Parfois, quand même, on a fait 20 fois la même scène pour avoir LA bonne prise, donc c’est qu’il y avait derrière une idée très précise du rendu.

Sarah : La façon de travailler de Noëlle et Andreas est plus improvisée que « posée » avec des scénarios clairs et précis. Les idées leur venaient à l’esprit au fur et à mesure qu’ils s’appropriaient les lieux, qu’ils les découvraient. Ils se laissaient guider par l’environnement qui les entourait, s’intéressant aux couleurs, aux perspectives de ces espaces. Il y avait dans leur travail une part d’expérimentation, du moins c’est ce qui m’est apparu ; ils essayaient plusieurs choses, voyaient si ça fonctionnait. Dans la semaine, certaines idées prenaient racines dans leurs esprits, et ils nous demandaient de faire telle ou telle scène, et ils voyaient ensuite le rendu.

Leur idée principale s’est initiée à partir de l’architecture des bâtiments du lycée et des archives qui s’y trouvent. Ils réfléchissaient là-dessus et c’est de là que naissait leur inspiration.

– Quels moyens ont-ils utilisé pour structurer leur projet ?

Ludivine : En dehors de notre cadre de tournage, je ne sais pas, car nous n’avons jamais vu de scénarimage, ni même de feuille récapitulative. Mais il est très possible qu’ils en aient fait (comme il est possible que non mais j’en doute…) Pour nous expliquer ce qu’on allait faire, ils nous le disaient, et d’ailleurs cela semblait être une tâche parfois difficile car Andreas disait à Noëlle, « bon c’est toi qui leur expliques hein! » et elle de répondre, « tu ne veux vraiment pas le faire? » Alors là, Noëlle nous expliquait, et voilà, par dialogue donc.

Sarah : Je n’ai pas eu l’impression qu’ils utilisaient des scénarimages, ou des moyens illustrant visuellement leurs intentions. Ils prenaient note de certaines choses, sur lesquelles ils prenaient le temps de réfléchir. Ils avançaient à tâtons, rien n’était tellement pré défini. Parfois, entre deux prises, Ludivine et moi passions le temps à faire des actions inutiles, le genre de choses que l’on fait pour passer le temps ; Noëlle et Andreas nous observaient et se disaient  » ça pourrait être intéressant  » et ils lançaient la caméra!

– Comment définiriez-vous leur collaboration ?

Ludivine : Andreas s’occupait du son, Noëlle de la vidéo, Andreas de la vidéo, Noëlle du cadrage. Ils avaient tous les deux un oeil sur la caméra, mais c’est vrai que Andreas s’occupait plus de gérer les lumières, les astuces pour tenir le panneau comme ceci etc. Quand on a commencé à voir cette répartition des tâches, c’était dans le deuxième temps du tournage ; on arrivait et ils avaient déjà tout préparé. La caméra était à tel endroit et il ne restait plus qu’à faire le point sur les visages.

Sarah : Je pense qu’Andreas est plutôt dans le son. Noëlle peut-être plus dans le scénario, et ensemble derrière la caméra. J’ai eu l’impression d’une complicité dans leur travail, l’un n’empiétait jamais sur le travail de l’autre, chacun émettait ses idées, ses jugements, ses critiques sans que ça soit une source de conflits. Au contraire, je pense que c’est ce qui a permis au film de se construire. C’est sans hésitation une collaboration qui fonctionne très bien.

– Quelles sont les étapes de travail dont vous avez été témoins ?

Ludivine : Nous n’avons pas été témoin de grand chose et c’est bien dommage commencerais-je par dire! En effet, nous avons vu le court-métrage tel qu’on le voit aujourd’hui seulement la veille (ou le week-end auparavant, enfin dans ces environs) avant sa projection pour le vernissage du 30 juin 2012 à la galerie du Dourven. Nous ne savons pas aujourd’hui encore comment ils ont fait leur montage, qui a décidé que cette scène y figurerait, que celle-là apparaîtrait en second, etc.

Mais c’est bien normal car c’est leur film ; nous n’avons été que des « supports », « actrices » donc quant à leur projet, leur idée de mettre en mouvement des archives etc. Nous avons été à l’écart de leur projet car à mon avis ils voulaient qu’on soit neutre ; ils voulaient, je pense, filmer des personnes pour leur ignorance en ce domaine et non pas des comédiens auxquels il aurait fallu un scénario précis pour pouvoir jouer. Enfin, je dis ça, mais je ne sais pas vraiment.

Sarah : Pour ce qui a été du « repérage », pour ma part, ça n’est qu’une question de chance. Les artistes cherchaient deux personnes disponibles un mercredi après-midi pour des essais, ils ont proposé à Ludivine et une autre élève, qui ne pouvait pas se libérer ce jour-là. Ludivine a proposé que je vienne, et ils n’y ont vu aucun inconvénient.

Les essais furent un peu hésitants ; la caméra est un élément très déstabilisant, et l’on se retrouvait en improvisation complète. Finalement, ils nous ont gardées, et les tournages se sont enchaînés, environ une fois par semaine. C’était une expérience qui devenait de plus en plus enrichissante chaque jour, nous permettant d’observer de plus près le monde de la vidéo et du cinéma. Nous avons pris nos marques et tout s’est toujours très bien passé.

En juin, le vernissage à la galerie du Dourven fut une très belle façon de clore cette aventure ; nous avons eu l’avis de différentes personnes et vu la joie de Noëlle et Andreas, fiers de nous présenter ce projet.

Et arriva, en novembre, la nouvelle du festival du film expérimental de Rome, qui nous offrit une belle occasion pour se retrouver et vivre une aventure à une échelle différente et sous un nouvel angle.

– Modèles, figurantes ou actrices ? Comment définiriez-vous votre place ?

Ludivine : Je ne sais pas car je crois qu’on a eu beaucoup de places différentes. Au début nous étions des élèves pour leurs essais. Après on proposait des choses donc on ne devenait pas des actrices mais des « aides ». Puis après on improvisait. Et ensuite on devait vraiment faire une scène donc on devenait « actrices ». On a été « modèles » puisqu’on on a posé pour quelques photos aussi. Et « figurantes » nous l’avons été également surtout avec la présence de Dominic.

On a peut-être été tout ça à la fois ; je ne crois pas avoir ressenti ça sur le tournage une seule seconde ; c’est maintenant, en y réfléchissant, que je me dis qu’il y a eu tout ça. On a vécu ça au jour le jour comme ça nous venait, comme ils nous demandaient, et jamais on ne s’est dit, « je suis actrice », « figurante » ou autre. On a vécu ça simplement, de manière continue, comme une grande histoire qui continuait au fil des tournages, enfin je parle pour moi du moins.

Sarah : Je dirais, de mon point de vue, entre figurante et actrice. Tout d’abord actrice car nous avions parfois des rôles précis, des dialogues, des actions, définis. Figurante, car ce type de cinéma étant bien particulier ; nous étions parfois plus comme une partie du décor, notamment dans les scènes où Dominic est présent, qui peut être considéré, je pense comme étant l’acteur principal autour duquel s’agence toute la narration du film.

– Comment vous ont-ils intégrées à leur travail ?

Ludivine : Ils nous ont intégrées au travail d’écriture du film car c’est suite à nos essais que l’histoire s’est agencée, je crois. Mais d’un côté, même s’il y avait une part d’improvisation il y avait aussi  des choses à respecter. Des éléments de paroles, de mouvement, de ceci de cela. Parfois aussi ils nous suggéraient des choses, nous donnait des pistes, mais sans trop nous en dire pour garder cette part d’inconscience.

Sarah : Nous faisions tout d’abord ce que Noëlle et Andreas avaient prévu à chaque séance de tournage. On improvisait parfois certaines choses qui n’étaient pas censées appartenir au « scénario », et que finalement les artistes se mettaient à filmer. Nous pouvions également suggérer des idées qui nous étaient propres. Nous avons fait des lectures d’archives, de récits. Découvrant nous aussi les lieux, les artistes s’intéressaient à la façon dont nous les découvrions, de même que la façon dont la rencontre avec Dominic allait s’effectuer.

– Qu’est ce qui, au niveau de votre personne, relève de la mise en scène ?

Sarah : Ce qui relève de la mise en scène, tout en s’inspirant de la réalité, pour ma part serait surtout ma tenue ; le pantalon que je porte, que je ne mets que dans certaines circonstances. Il y a cet équilibre entre Ludivine et moi, dans nos personnages : 2 filles habillées de façon très différentes, le jour et la nuit, errant dans ces anciens bâtiments, qui forment une certaine balance. Certaines scènes n’ont pas été faciles à tourner, et étaient même l’opposé de ce que nous sommes dans la vie. La scène où il y a cet échange entre Ludivine et moi, où nous observons cet objet que Dominic nous a offert, est une scène assez complexe et m’a demandé un effort sur mon personnage. Il faut absolument se détacher de son soi, afin de pouvoir se projeter dans une autre peau.

Entretien mené par Sandra Flouriot service éducatif de la galerie du Dourven-Itinéraire Bis, Trédrez-Locquémeau, décembre 2012.

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2012 vidéogramme Dossier Scolaire de Bolm & Pujol
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